Tribune Importation Conflit Israelo Palestinien

Comment ne pas laisser le conflit israélo-palestinien fracturer la France ? Le rôle crucial des élus républicains pour résister à l’importation du conflit israélo-palestinien

Tribune publiée le 11 octobre 2024 dans Le Point

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Tribune Importation Conflit Israelo Palestinien

Le 7 octobre 2023, les terroristes du Hamas commettaient l’indicible, massacrant près de 1300 personnes dans des actes d’une barbarie inouïe. Cette attaque et la réponse militaire du gouvernement de Benyamin Netanyahou ont précipité Israéliens et Palestiniens dans une guerre meurtrière dont on déplore chaque semaine le funeste bilan. Un an après, le Proche-Orient s’embrase, des millions de civils, de part et d’autre des frontières, vivent sous la peur des bombes.

Une nouvelle étape est franchie dans la guerre entre le peuple israélien et ses voisins arabes, dont chaque soubresaut prend immédiatement une dimension internationale, nous laissant rarement indifférents. Car nous sommes tous légitimes à avoir une sensibilité particulière à ce conflit, à ses causes et à ses conséquences. Mais comment limiter la déflagration ?

En restant fermement accrochés à nos principes. Sur le conflit lui-même, la boussole diplomatique doit être claire : respect de la législation internationale, droit à la souveraineté et à la sécurité pour les deux peuples, libération des otages, solution à deux Etats. La résolution du conflit dans sa mise en œuvre est complexe, mais ce cap est sans ambiguïté ; c’est la seule issue fédératrice qu’il faut sans cesse rappeler.

La haine faisant le lit des extrêmes, celles-ci n’ont pas manqué au contraire d’importer dans le débat politique et médiatique, non pas les solutions auxquelles la France peut utilement concourir, mais les éléments de polarisation. Ici on oppose les juifs aux musulmans, comme là-bas seraient par essence opposés Israéliens et Palestiniens. À l’extrême gauche comme à l’extrême droite, on instrumentalise le conflit pour en faire une ligne de fracture politique, à visée électorale. Nauséabonde démagogie qui divise un peu plus notre société, déjà en proie à ses angoisses identitaires. 

Les actes antisémites ont dramatiquement augmenté en France et dans le monde. Il faut les condamner et les combattre. Comment ? En rassemblant, toujours. La lutte contre le racisme, l’antisémitisme et toute forme de discrimination, doit être un seul et même combat. Le sacrifier sur l’autel des efforts budgétaires ou l’amputer sous la pression des extrêmes serait une erreur funeste.

Il nous faut au contraire en faire une politique publique structurelle, déclinée sur tous les territoires. Une politique qui s’inscrit au cœur de la promesse républicaine égalitaire à laquelle la grande majorité de nos concitoyens reste fermement attachée. Et le combat n’est pas perdu d’avance. Les élections européennes ont permis un rééquilibrage salutaire à gauche, en faveur de sa frange sociale-démocrate ; les élections législatives ont connu un sursaut républicain écartant l’accession, pourtant annoncée, du RN au pouvoir.

Le fait que cette dynamique n’ait pas débouché sur la nomination d’un gouvernement qui aurait dû en être issu, ne doit pas nous éloigner de l’essentiel. La promesse républicaine doit toujours être tenue. Et elle est indissociable de la réaffirmation d’un récit national qui, aux antipodes des visions déclinistes de la France, doit être celui d’un pays qui croit en lui-même, en son avenir, un pays où l’on retrouve le sens des grands combats émancipateurs, où chacun se sent relié à l’autre par un destin commun et non membre d’une minorité incomprise, persécutée ou stigmatisée.

Les conceptions cyniques, étriquées ou purement gestionnaires de la politique laisseront toujours ce vide de sens, terreau du repli sur soi et des représentations fantasmées où des Français se perçoivent comme belligérants par correspondance d’un conflit étranger. Seul un projet de société, ambitieux et pragmatique, créateur de liens entre les territoires, empreint d’égalité et d’universalisme, reposant sur des principes justes, en France comme à l’international, peut nous sortir de l’engrenage mortifère de l’importation du conflit proche-oriental. Comme parfois nous savons le faire dans nos communes, nous, élus républicains, avons le devoir de bâtir un tel projet pour notre pays.

Patrick Haddad

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